The Routledge Handbook of European Integrations, rédigé par Thomas Hoerber, Gabriel Weber et Ignazio Cabras, propose une approche novatrice de l’intégration européenne. Le sujet est divisé en trois axes : la culture, la technologie et les biens matériels. Ces parties distinctes couvrent un nombre particulièrement important de dynamiques et de défis de l’intégration.
L’objectif du livre est de développer une perspective unique du sujet basée sur l’exhaustivité. De nombreuses facettes de l’intégration analysées dans le livre sont en effet généralement oubliées, voire négligées, dans la littérature, alors que ce manuel les relie entre elles pour composer un portrait complet et authentique de l’intégration européenne.
Basé sur un premier appel à contributions, qui visait à permettre à divers experts des études européennes d’apporter leur contribution, le manuel est une porte d’entrée vers des sujets aussi bien conventionnels que sortant des sentiers battus. Dans le même temps, il encourage également l’innovation dans son domaine de recherche plus large. Les trois rédacteurs ont travaillé avec 36 contributeurs issus de divers pays et organisations, et ayant des domaines d’expertise différents. Le contenu du manuel élargit les horizons du sujet pour les lecteurs. Il encourage la réflexion, non seulement sur la manière dont l’intégration européenne s’est déroulée, mais aussi sur la définition des formes d’intégration qui pourraient être recherchées à l’avenir.
Les défis de l’intégration européenne : Interview
L’EU*Asia Institute a interviewé le professeur Thomas Hoerber, qui a co-édité ce livre de recherche de haut niveau, sur l’état actuel et les perspectives de l’intégration européenne.
1. Quels sont les principaux aspects futurs des intégrations sur lesquels l’UE devrait se concentrer ?
Avec la crise ukrainienne, ce sera inévitablement la défense. La question est de savoir si tous les membres de l’UE vont mettre en place 27 politiques de défense ou une seule. Si c’est une seule, nous allons vers les Etats-Unis d’Europe, comme le suggère le livre dans son introduction. En ce sens, la crise actuelle peut agir comme un fédérateur. La question clé dans ce domaine sera un programme de dissuasion nucléaire national ou européen.
2. Un facteur important de la non-intégration de l’Ukraine dans l’Union européenne était l’intention de l’Europe d’éviter de provoquer de graves tensions avec la Russie, ce qui aurait pu déclencher une crise similaire à celle que nous connaissons actuellement. L’UE est-elle encore pleinement maîtresse de ses décisions en matière d’intégration ?
L’Ukraine a demandé son admission immédiate dans l’UE dans le cadre d’une procédure spéciale. François Hollande a déclaré, en réponse à cette demande, que la défense de l’Ukraine était la préoccupation immédiate. L’admission dans l’UE vient plus tard et doit être mûrement réfléchie.
L’UE n’est pas un système d’alliance classique qui réagit aux menaces et aux besoins politiques ou militaires. Certains de ces éléments demeurent bien sûr, mais l’UE est une communauté fondée sur des valeurs. Cela se reflète dans l’acquis communautaire et dans les chapitres de celui-ci que chaque État candidat doit valider, par exemple l’État de droit. Au-delà de la prise en compte des valeurs de l’UE, ce processus apporte des réponses aux politiques de pouvoir en ce sens qu’il est le seul sur la scène internationale à tenter d’insérer des critères objectifs – l’acquis – dans ce qui était auparavant une lutte de pouvoir et d’influence.
Les règles et les valeurs sont l’âme de l’UE, qui est là pour une bonne raison. Elles permettent de contrôler le processus d’intégration et devraient également constituer le cadre de l’admission de l’Ukraine.
3. Pouvons-nous vouloir que l’UE devienne les États-Unis d’Europe, comme mentionné dans la publication ?
Telle est la question : voulons-nous créer une grande entité politique dans le monde ? Certains diront peut-être que nous ne devrions pas le faire, à cause de l’histoire allemande, de la colonisation, des fautes commises par l’Europe dans le passé. Ce qui est certain, c’est que les États-Unis d’Europe conduiront l’UE sur la voie du pouvoir et que cela peut corrompre, comme nous le voyons clairement dans la Russie de Poutine. La démocratie européenne est conçue pour modérer cette corruption, à l’instar de la démocratie américaine, ce qui me pousse à croire que l’UE pourrait résister à la plus grande tentation que les États-Unis viennent de montrer en résistant à Donald Trump. Finalement, cela nous amène à la question suivante : avons-nous le choix ? Ou plutôt, devons-nous voir le monde comme une éternelle lutte pour le pouvoir entre les États ?
L’UE et ce livre ont montré d’autres réponses que certains pourraient résumer comme une gouvernance post-moderne, par exemple dans le domaine de la durabilité. La crise ukrainienne actuelle pousse l’UE à s’orienter de plus en plus vers ces considérations classiques de pouvoir. L’aspiration à un avenir meilleur au-delà de l’État-nation, qui a toujours été l’une des promesses du processus d’intégration européenne, ne doit pas être oubliée. Nous devons donc veiller à ne pas reproduire les mêmes erreurs que les États-nations européens pourraient commettre dans la création des États-Unis d’Europe. L’UE a montré sa différence ainsi que son efficacité dans la crise actuelle. Elle fera son propre chemin, humblement, en se basant sur des valeurs et des règles qui peuvent être ennuyeuses, mais qui sont bien meilleures que le pouvoir pur qui mène à la guerre.
The Routledge Handbook of European Integrations a été publié par les éditions Routledge le 28 février 2022.
Thomas Hoerber est professeur d’études européennes et directeur de l’Institut EU*Asia à l’ESSCA School of Management.
Gabriel Weber, professeur associé pour la durabilité et l’économie écologique à l’ESSCA, est également membre de l’Institut EU*Asia. Ignazio Cabras, chercheur de l’Institut, est chef du département de comptabilité et de gestion financière à la Newcastle Business School de l’Université Northumbria, au Royaume-Uni.
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